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dimanche 13 novembre 2016

Épices et santé : la muscade

La noix de muscade est la graine, ou plus exactement l'albumen du muscadier (Mystirica fragrans), un arbre tropical originaire des îles Banda, dans l'archipel des Moluques en Indonésie, et qui est cultivé maintenant en Asie (Chine, Taïwan, Indonésie, Malaisie, Sud de l'Inde, Sri Lanka), aux Antilles et en Amérique du Sud. Elle est utilisée comme épice sous forme de poudre. En sanskrit, elle est connue sous le nom de jātiphala.

La noix de muscade a des vertus antiseptiques, antiparasitaires, antalgiques et analgésiques. Elle stimule le feu digestif (agni), permettant ainsi de combattre les digestions difficiles, de calmer les colites et les flatulences et d'augmenter l'assimilation des nutriments dans l'intestin grêle.
C'est un stabilisateur de l'esprit qui favorise la réduction de vāta dans le système nerveux. C'est un excellent remède pour calmer l'esprit et lutter contre les insomnies. Prendre 250 à 500 mg de poudre de muscade dans du lait chaud environ une heure avant de se coucher facilite l'endormissement et favorise un sommeil profond.
La muscade est également un tonique aux vertus aphrodisiaques : elle stimule l'activité sexuelle, combat l'éjaculation précoce et renforce la production de sperme. Elle peut être utile pour traiter l'infertilité masculine et féminine.

Cette épice au goût subtil a, comme on vient de le voir, de nombreuses vertus qui pourraient inciter bon nombre d'entre vous à l'utiliser de plus en plus en cuisine. Attention toutefois, car d'une part elle est plutôt déconseillée en cas de grossesse et de pitta élevé, et d'autre part il ne faut surtout pas en abuser car, prise en grande quantité, cette épice est neurotoxique et accroît la lenteur d'esprit. Une cuilleréà café de muscade suffit à produire des effets tels que des brûlures d'estomac, des nausées, de l'agitation ou des vertiges avec peur de mourir, qui, fort heureusement, se dissiperont au bout de quelques heures. Que ces recommandations ne vous fassent pas peur pour autant et ne vous empêchent pas de consommer régulièrement de la muscade si vous pensez pouvoir bénéficier de ses bienfaits. Attention simplement à le faire avec modération  !

Informations ayurvédiques :
VK- P+
Rasa : piquant
Vīrya : chauffant
Vipāka : piquant

lundi 4 juillet 2016

Épices et santé : le safran

Originaire de Grèce ou du Moyen-Orient, le safran est la seule épice tirée du pistil d'une fleur, le Crocus sativus. C'est aussi une des rares épices que l'on peut cultiver sous nos latitudes. Son prix élevé – c'est l'épice la plus chère du monde – s'explique par le fait que seule une minuscule partie de la plante, à savoir ses trois stigmates, cueillis à la main puis séchés, est utilisée comme épice. Ainsi, il faut environ 150 fleurs de crocus pour obtenir 1 g de safran  !

Le safran est une épice aux vertus multiples. De récentes études scientifiques ont montré ses propriétés anticancéreuses et antioxydantes. Pour l'Āyurveda, cette épice tridoṣique* est avant tout une des meilleures plantes anti-pitta, qui régule le foie et le pancréas, purifie et fluidifie le sang, et combat les ulcères gastriques, les hémorroïdes et les insuffisances hépatiques.
Cette épice a aussi une action bénéfique sur le système nerveux, qu'elle aide à équilibrer, tant au niveau psychique qu'émotionnel, soulageant la colère, la dépression, le manque de clarté mentale et apportant de la joie. Elle est de nature sāttvique et favorise ainsi la méditation, l'amour inconditionnel et la compassion. Il faut faire attention cependant de ne pas en abuser, car le safran est un poison à haute dose. En effet, au-delà de 10 grammes par jour (dose toutefois difficile à atteindre vu son prix), il provoque une paralysie du système nerveux.
Le safran agit également sur les systèmes reproducteurs masculin et féminin. Pour l'homme, c'est un aphrodisiaque utile en cas d'impuissance. Chez la femme, il revitalise et stimule le système reproducteur, et permet de réguler le cycle menstruel. Il vaut mieux toutefois éviter d'en consommer pendant la grossesse car il peut provoquer des fausses couches.
Enfin, le safran améliore le fonctionnement du système digestif. Il stimule tous les agni de façon douce et équilibrée, ainsi que la production des sept dhātu, ce qui permet de renforcer ojas. Il augmente l'assimilation dans les tissus profonds des plantes toniques ou des aliments auxquels il est associé.

Le safran est bénéfique même à faible dose. Alors n'hésitez pas à l'utiliser régulièrement dans vos préparations culinaires, non seulement pour son arôme subtil et sa couleur dorée, mais aussi pour tous les bienfaits qu'il peut vous apporter.

* tridoṣique : qui contribue à équilibrer les trois doṣa : vātapitta et kapha.

Informations ayurvédiques :
VPK=
Rasa : piquant, amer, doux
Vīrya : rafraîchissant
Vipāka : piquant

dimanche 23 février 2014

Épices et santé : la cannelle

La cannelle (tvaca en sanskrit) est l'écorce intérieure du cannelier de Ceylan (Cinnamomum verum ou Cinnamomum zeylanicum). L'arbre est cultivé dans différentes parties du monde, mais on trouve la meilleure qualité de cannelle au Sri Lanka. Il existe également une cannelle originaire de Chine (Cinnamomum cassia) dont les propriétés sont très proches et dont la production est aujourd'hui nettement supérieure à celle de la « vraie » cannelle.
De même que le gingembre, la cannelle est considérée presque comme un remède universel. Comme nous l'avons déjà vu, elle est utile pour lutter contre les maux de l'hiver (rhume, grippe, angine, pharyngite) grâce à sa capacité à réchauffer l'organisme en cas de refroidissement et à son action expectorante. Mais elle a également bien d'autres vertus. Elle stimule agni (le feu digestif), permettant ainsi de brûler l'ama (ou en d'autres termes d'éliminer les toxines) et de lutter contre l'indigestion, elle favorise les fonctions d'assimilation, combat les parasites intestinaux et soulage efficacement les diarrhées. Elle tonifie le muscle cardiaque, calme les palpitations, renforce et harmonise la circulation (vyāna vāta), ce qui, combiné à son pouvoir chauffant, la rend efficace pour les extrémités froides. Sa propriété analgésique lui permet de soulager les douleurs dentaires et articulaires, les tensions musculaires et les rhumatismes. D'après de récentes études, la cannelle ferait baisser le taux de sucre dans le sang des personnes atteintes d'un diabète de type 2 et réduirait le cholestérol. Enfin, c'est un bon tonique et aphrodisiaque qui améliore les tissus reproducteurs, notamment le sperme, et facilite la menstruation.
Voilà de quoi vous inciter à utiliser cette épice – surtout en cette saison – dans vos préparations sucrées ou salées (avez-vous essayé le masoor dal à la cannelle ?) mais aussi en tisane. Attention toutefois, n'en abusez pas si vous avez un pitta fort ou en cas de saignement ou d'hémorragie.

Informations ayurvédiques :
VK- P+
Rasa : piquant, doux, astringent
Vīrya : chauffant
Vipāka : doux

jeudi 14 novembre 2013

Épices et santé : la cardamome

Gousses et graines de cardamome
Tout comme le curcuma et le gingembre, dont j'ai déjà parlé sur ce blog, la cardamome (Elettaria cardamomum en latin, elā ou elāka en sanskrit) fait partie de la famille des Zingibéracées. Cette plante vivace, qui peut atteindre 3 m de haut, pousse à l'état sauvage dans les forêts tropicales indiennes, sur les collines en bordure de mer. La cardamome est surtout cultivée dans l'Himalaya et au sud-ouest de l'Inde, mais également au Sri Lanka, en Indochine et en Amérique centrale.
Contrairement au curcuma et au gingembre, ce n'est pas le rhizome de la cardamome que l'on consomme mais ses graines dures et presque noires, qui sont enfermées dans des gousses, de couleur vert pâle à jaune-vert, à raison d'environ une quinzaine de graines par gousse.

Malheureusement peu connue et utilisée en France, la cardamome est une des épices les plus importantes en Inde où elle est appelée "la reine des épices", le roi étant le poivre noir. Je suis sûr, si vous l'essayez, que vous serez tout autant charmés par sa saveur à la fois fraîche et légèrement piquante qu'intéressés par ses nombreuses vertus, que je vous invite à découvrir dans ces quelques lignes.

Tout comme le gingembre et le curcuma, la cardamome agit sur le système digestif. Elle stimule le feu digestif (agni) et samāna vāta sans trop augmenter pitta, anime et tonifie la rate, élimine l'excès de mucus (kapha) dans l'estomac, expulse les gaz intestinaux et réduit les ballonnements. Elle semble faciliter la digestion des produits laitiers, ainsi que celle du café (le café à la cardamome est d'ailleurs une spécialité du Moyen-Orient). En infusion, elle peut aider à diminuer l'irritation temporaire du système digestif due au passage d'un régime carné à un régime végétarien. Elle permet aussi d'arrêter les vomissements, les renvois et les régurgitations acides, et son huile essentielle, associée à du gingembre, contribue à diminuer les nausées, notamment celles matinales de la femme enceinte.
La cardamome a également une action sur la sphère ORL. Elle élimine le mucus (kapha) des poumons et aide à soulager rhumes et grippes. Elle est conseillée aux asthmatiques en infusion ou en poudre pour apaiser les spasmes au niveau des bronches.
La cardamome est aussi bénéfique pour le système circulatoire car, grâce à son action chauffante, elle peut régler les problèmes de circulation bénins caractérisés par des mains et des pieds froids.
Enfin, la cardamome est sattvique, c'est-à-dire qu'elle apporte clarté et joie intérieures. Elle stimule l'esprit, le cœur et la force vitale, et est efficace pour ouvrir et calmer le flot du prāṇa dans le corps. Elle a également un effet sédatif : prendre une pincée de cardamome dans du lait chaud (avec éventuellement un peu de muscade et du miel ou du sucre roux) avant de se coucher favorise un profond sommeil.

Astuce pour aider à digérer et rafraîchir l'haleine Mâchez quelques graines de cardamome et/ou de fenouil après le repas.

Informations ayurvédiques :
VK- P+ (en excès)
Rasa : piquant, doux
Vīrya : chauffant
Vipāka : piquant

jeudi 28 mars 2013

Épices et santé : le gingembre


Le  gingembre (Zingiber officinale en latin, ārdraka quand il est frais ou śuṇṭhī quand il est sec en sanskrit) est une plante vivace herbacée tropicale de la famille des Zingibéracées, famille qui comprend également le curcuma et la cardamome. Cette plante d'environ 1 m de haut est principalement cultivée en Inde et en Chine pour son rhizome, utilisé frais ou en poudre en cuisine et en médecine traditionnelle.

Autrefois en Inde, le gingembre était appelé viśvabheṣaja, le remède universel, preuve de la grande étendue de son champ d'application. En effet, en plus de ses vertus aphrodisiaques, qui semblent être les seules que l'Occident ait retenues, l'Āyurveda lui reconnaît une action bénéfique sur divers troubles du système digestif, de la sphère ORL et du système musculo-articulaire, ainsi qu'un effet stimulant (sans être excitant) et tonique général, notamment au niveau du mental.
Rhizome de gingembre
Le gingembre est un précieux allié de la digestion, qu'il permet de réguler grâce à ses vertus digestives, antispasmodiques et carminatives. Il augmente la sécrétion de bile, active la libération des enzymes salivaires et aide l'estomac à se vider. Il augmente l'assimilation des aliments, notamment des crudités, qui sont souvent difficiles à digérer, et stimule la formation des dhātu, les sept tissus fondamentaux du corps humain. Il est très utile pour combattre l'indigestion, détruire l'ama* et lutter contre les nausées et les vomissements (des études scientifiques ont démontré son efficacité pour faire disparaître les nausées chez la femme enceinte et chez les cancéreux sous chimiothérapie). Enfin, le gingembre est un bon agent préventif pour de nombreuses affections de la sphère digestive (gastrites, parasitoses, cancers).
Le gingembre est également très bénéfique pour les voies respiratoires, en particulier en hiver du fait de son pouvoir chauffant. En effet, il en prévient l'encombrement par des mucosités ou des sécrétions gastriques et agit efficacement en cas de toux chroniques grasses, pharyngites, rhinites, bronchites, extinctions de voix et amygdalites.
Le gingembre est particulièrement utile pour se débarrasser de l'ama* qui est passé dans le système circulatoire et s'est déposé sur les articulations, créant des blocages sources de nombreux problèmes articulaires. Grâce à son action anti-inflammatoire, il soulage les douleurs articulaires et les raideurs musculaires. Pour ce faire, mais aussi pour calmer les maux de tête dus à la tension ou les migraines, il peut être utilisé par voie externe, sous forme de pâte.
Le gingembre est un grand régénérateur de vāta et de kapha, mais, du fait de son goût piquant et de son énergie chauffante, il peut être difficile à supporter pour les pitta. Les vāta préféreront le gingembre frais, les kapha le sec. Les pitta limiteront son emploi en usage interne, surtout en cas de brûlures d'estomac, et le consommeront de préférence frais avec de la racine de réglisse pour équilibrer ses propriétés qui pourraient aggraver pitta.

* ama : toxine résultant d'une digestion incomplète de la nourriture qui se fixe dans les zones sensibles du corps, créant des blocages générateurs de maladies.

Remède pour retrouver l'appétit Un quart d'heure avant chaque repas, prenez une fine rondelle de gingembre avec quelques gouttes de jus de citron et une pincée de sel de l'Himalaya. Mâchez-la bien puis avalez-la.

lundi 18 février 2013

Épices et santé : le curcuma



Poudre de curcuma
Le curcuma (Curcuma longa en latin, haridrā en sanskrit) est une plante herbacée vivace de la famille des Zingibéracées, famille qui comprend également le gingembre et la cardamome. Cette plante, qui peut atteindre 1 m de haut, est originaire du sud de l'Asie et est principalement cultivée en Inde.
C'est son rhizome, de couleur jaune orangé, que l'on consomme. La méthode traditionnelle de préparation consiste à le fait bouillir ou cuire à la vapeur, puis à lui ôter la peau, le faire sécher au soleil et enfin le réduire en poudre. Bien que le curcuma soit essentiellement utilisé sous cette forme, aujourd'hui on peut aussi trouver des rhizomes frais ou du jus de curcuma dans certains magasins bio.

Rhizome de curcuma
Également appelé « safran des Indes », le curcuma est l'ingrédient principal des différents currys indiens, à qui il donne leur couleur jaune fluorescent. Et ceci n'est pas un hasard ! En effet, le curcuma a une action bénéfique sur la digestion : il a un effet calmant sur le système digestif car il aide à renforcer la muqueuse de l'estomac (et ainsi à la protéger contre l'acidité du suc gastrique et le piquant des autres épices auxquelles il est souvent associé), il améliore la digestion en corrigeant à la fois les excès et les déficiences, il contribue à purifier les aliments auxquels il est associé, il stimule la flore intestinale, il a un effet dépuratif et protecteur sur le foie et le sang, il aide à dissoudre les toxines (ama).
Mais ce n'est pas tout... Grâce à ses actions anti-inflammatoire, antioxydante, antibiotique, drainante et purifiante, le curcuma est employé dans de nombreux troubles plus ou moins sévères. Ainsi, il peut être utilisé en interne comme en externe pour purifier la peau, notamment en cas de problèmes pitta (rougeurs, éruptions cutanées...), et pour aider à la cicatrisation des plaies et ulcérations. Il permet de lutter contre les rhumes, toux et maux de gorge. Il contribue à augmenter la souplesse du corps, en aidant notamment à étirer les ligaments, et est à ce titre un précieux allié des adeptes du haṭha yoga. Il a une action bénéfique sur le système cardiovasculaire car il participe à la réduction d'un taux élevé de cholestérol et a une propriété d'antiagrégant plaquettaire. Il a des propriétés antirhumatismales, en particulier en cas d'arthrite, grâce à sa double action drainante et anti-inflammatoire. Il est efficace en cas d'allergies (car il réduit l'éosinophilie), de diabète, et il semblerait même qu'il puisse empêcher ou freiner le développement de certaines cellules cancéreuses. Enfin, sur un plan subtil, le curcuma nettoie les cakra et les canaux énergétiques du corps subtil (nāḍī).

Vous l'aurez compris, le curcuma est un véritable partenaire santé, qui a en plus le bon goût d'être tridoshique, c'est-à-dire bien toléré par les trois doṣa (vāta, pitta et kapha), et sans danger aux doses habituelles (évitez cependant d'en consommer trop si vous souffrez de calculs biliaires, car le curcuma stimule la sécrétion biliaire, ou si vous suivez un traitement anticoagulant). Alors n'hésitez plus à l'utiliser au quotidien en cuisine, sa saveur discrète se mariant bien avec la plupart des aliments.


Remède contre le mal de gorge Prenez une cuillère à café de miel et saupoudrez-la avec le plus de curcuma possible, puis léchez lentement le mélange. À répéter plusieurs fois dans la journée jusqu'à disparition du mal de gorge.